Avant d’écrire cette pièce, j’avais discuté de son ampleur (microtonalité, intonation juste, mouvement unique ou multiple ?) avec les membres du Quatuor Molinari. Puis à un moment donné, une question s’est posée : « Pourquoi ne pas créer une pièce qui continue à exploiter les douze demi-tons ? » Hum…
Je souhaitais depuis longtemps composer une série de miniatures, quel que soit le support instrumental. Bien sûr, les miniatures sont de nature variée, illustrant souvent l’instinct musical aphoristique des compositeurs, parfois des « fragments » d’un didactisme musical théorique ou même, des reflets d’un mouvement esthétique minimaliste caractérisés par un principe créatif « moins c’est mieux », etc. Par conséquent, que pourrais-je proposer si je défiais mes propres tendances « non minimalistes » ?
Peu après notre rencontre, je me trouvais sur la côte ouest et je me suis surpris à contempler un affleurement rocheux particulier sur le rivage de l’océan Pacifique. Je restais là à le regarder, comme hypnotisé. J’ai découvert qu’un synonyme de ce type de « cap » ou « promontoire » est le nom « ness », dont l’étymologie remonte au vieil anglais « næss » (nez). En anglais, « -ness » est également un suffixe qui fait référence à une qualité ou à un état, comme dans « mindfulness » (pleine conscience) ou « playfulness » (espièglerie). De plus, il m’a semblé que le caractère des miniatures que je voulais écrire faisait écho à celui des « intermezzi » que l’on trouve dans les opéras italiens des XVIIe et XVIIIe siècles : de petites pièces « autonomes » insérées entre des actes plus « sérieux ». C’est ainsi qu’est né le titre « Internesses » : une collection de petites pièces, chacune avec une « qualité ou un état de quelque chose ». Le tout est aussi un certain jeu de mots en lien avec le terme « intermezzo ». Cerise sur le gâteau, sa prononciation est la même en anglais et en français ! Chaque miniature ou « ness » serait une « formation rocheuse » musicale avec un titre et un sous-titre numérotés (2.1.1…), ce dernier faisant référence à un élément précédent trouvé dans une « ness » que je ne pouvais tout simplement pas laisser passer. Cela dit, je me suis retrouvé avec un seul mouvement ininterrompu de miniatures, chacune contenant sa propre (n)essence…
Je dédie cette pièce aux membres du Quatuor Molinari, dont l’immense talent est une source d’inspiration inépuisable tant pour les compositeurs que pour les auditeurs.
Blair Thomson


