Guido Molinari, Hommage à Barnett Newman, 1970. 231 x 292 cm, acrylique sur toile Collection du Musée des beaux-arts de Montréal

Boudreau, Walter, Le grand méridien (2002)

Commande du Quatuor Molinari

Création: 17 janvier 2006, par le Quatuor Bozzini • La Quadrature du cercle, Salle Redpath — Université McGill, Montréal (Québec)

En 1988, j’ai composé la musique d’un documentaire de Marie Décary, dont le propos était la présence de deux artistes canadiens à la Biennale de Venise, en l’occurrence Roland Brener de Vancouver et Michel Goulet de Montréal.

Fasciné par les images de la cinéaste, dépeignant des œuvres «contemporaines»parachutées dans un décor de la Renaissance, chargé d’histoire à souhait, j’avais choisi d’utiliser un matériau de base qui s’inspirerait de la musique de cette époque tout en l’«actualisant» grâce à des techniques de transformation élaborées patiemment au fil des ans. Mon choix s’est arrêté sur un des 46 motets du compositeur espagnol Tomas Luis de Victoria (1548-1611) qui a vécu à Venise (!!!) et dont le répons à quatre voix «Tradiderunt Me In Manus Impiorum» («Ils m’ont livré aux mains des impies») m’a immédiatement séduit. Par la suite, j’ai décidé d’orchestrer certains éléments de cette musique de film et de la développer de façon autonome.

S’en suivront six œuvres, toutes basées sur le motet de Tomas Luis de Victoria pour différents ensembles instrumentaux, allant du grand orchestre avec soliste et chœur (Le Voyage) au quatuor à cordes (Le Grand Méridien) en passant par les cuivres, orgue, narrateur et percussions (Golgot(h)a). Nous trouvons donc dans l’ordre chronologique:

  1. Tradiderunt Me In Manus Impiorum 1 (1990)
  2. Golgot(h)a (1991)
  3. Encore ces questions sans réponse… (1991)
  4. Tradiderunt Me In Manus Impiorum II (1992)
  5. Le Voyage (1999-2002)
  6. Le Grand Méridien (2002)
  7.  

Le Grand Méridien, (Le Grand «Nerf» Central…) clôture (pour l’instant?) en quelque sorte ce cycle d’œuvres au caractère «baroque», à travers un processus de décantation «extrême» où la forme et le contenu non seulement se rejoignent, mais fusionnent par-delà le prisme kaléidoscopique des références historiques et de l’ivresse psychédélique de l’invention pure, pour créer un objet inusité, lui-même porteur d’un nouveau «message» et qui reste encore à décrypter.

Dans cette perspective, la formation instrumentale «hard-core/heavy-métal» du quatuor à cordes m’aura peut-être servi d’alambic idéal pour faire «bouillir» toute cette riche concoction alchimique, dans l’espoir d’y trouver le Radium, ou le Nirvana, ou la Rédemption.

À suivre…

Walter Boudreau, 33 janvier 2006

Partition disponible auprès du Centre de musique canadienne, Région du Québec (bureau à Montréal) :

https://cmcquebec.ca/

Boudreau, Walter

Né en 1947 à Montréal, le compositeur et chef d’orchestre Walter Boudreau est l’une des figures de proue de la musique contemporaine au Canada. Directeur artistique et chef attitré de la Société de musique contemporaine du Québec depuis avril 1988, il a fait de cet organisme une institution culturelle de premier plan, reconnue sur la scène internationale. Il a signé à ce jour plus de soixante œuvres pour orchestre, ensembles divers et solistes, ainsi qu’une quinzaine de partitions de films, de théâtre et deux musiques de ballet, dont plusieurs témoignent de sa fascination pour les sciences et la spiritualité. Très jeune, il étudie le piano puis le saxophone à l’adolescence. À 19 ans, il dirige son propre quatuor de jazz, avec lequel il enregistre un premier disque. En 1968, il fonde avec le poète Raôul Duguay l’Infonie, un ensemble hirsute qui se situe entre le happening, le jazz, la musique contemporaine et le multimédia. Pendant cinq ans, le groupe donne plus de 200 concerts, produit quatre disques, publie un livre et fait l’objet du film L’Infonie inachevée du réalisateur-producteur québécois Roger Frappier.

Plusieurs fois boursier du Conseil des arts du Canada, il a étudié au Canada, en Europe et aux États-Unis, notamment avec Bruce Mather, Gilles Tremblay, Serge Garant, Mauricio Kagel, Karlheinz Stockhausen, György Ligeti, Olivier Messiaen, Iannis Xenakis et Pierre Boulez. Il a également dirigé de nombreux ensembles et orchestres de prestige dans l’exécution d’œuvres de musique contemporaine. Entre autres, il a été choisi en 1990 comme premier compositeur en résidence à l’Orchestre symphonique de Toronto pour trois ans. Codirecteur artistique avec Denys Bouliane du festival de musique contemporaine de l’Orchestre symphonique de Québec Musiques au présent (1998-2000), de la Symphonie du Millénaire (2000) et des trois premières éditions du festival international Montréal/Nouvelles Musiques (MNM) — qu’il continue à diriger depuis 2009 en solo — puis directeur artistique de la Série hommage de la SMCQ, il reçoit à ce titre plusieurs prix Opus du Conseil québécois de la musique couronnant l’« Événement musical de l’année au Québec » (1999-2000-2003-2008). La Symphonie du Millénaire, œuvre collective de 19 compositeurs pour 333 musiciens et 2000 carillonneurs, s’affirme comme un grand événement participatif et rassembleur. Elle a été réécrite par Walter Boudreau et présentée à l’Oratoire Saint-Joseph à l’occasion de l’édition 2017 du festival MNM.

Entre autres distinctions, Walter Boudreau a été récompensé par le prix Opus du « Compositeur de l’année » au Québec (1998), le Prix Molson du Conseil des arts du Canada (2003), et le Prix Denise-Pelletier (Prix du Québec) pour les arts de la scène (2004). Il a été nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2013 et membre de l’Ordre du Canada en 2014, et a été récompensé par le Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle en 2015. Il a reçu en 2016 la Bourse de Carrière pour les arts de la scène et les arts multidisciplinaires du Conseil des arts et des lettres du Québec (60 000$), qui reconnaît son engagement et son apport exceptionnel à la discipline, et lui permet de finaliser son vaste et ambitieux projet des cinq Berliner Momente, composés sur une période de 20 ans (1988-2008). Son Concerto de l’asile pour piano et orchestre a été repris en février 2018 par Alain Lefèvre et l’Orchestre du Centre National des Arts à Ottawa et enregistré sur disque par ANALEKTA. Il a été nommé Chevalier à l’Ordre de Montréal en 2020.

Autres ressources :

Boudreau-Walter-quatuor

Partagez cette page:

Share on facebook
Share on twitter
Share on pinterest
Share on linkedin

Soutenez la vidéothèque

Le visionnement de vidéos dans ce site est gratuit.
Vous pouvez nous faire un don pour soutenir l’activité et la bonne continuation de ce projet.

Vidéothèque

Autres vidéos

Position triangulaire jaune-vert, 1972 244 x 121 cm acrylique sur toile Collection de la Fondation Guido Molinari

Devaux, Keiko, Dust (2019)

Guido Molinari, Position triangulaire jaune-vert, 1972, 244 x 121 cm, acrylique sur toile. Collection de la Fondation Guido Molinari