On dit de Guido Molinari «qu’il a contribué significativement au développement de la peinture non figurative ainsi qu’au rayonnement de l’abstraction géométrique au Québec, au Canada et à l’international» (https://collections-fondationguidomolinari.org/).
Ainsi est né mon intention, mon souhait de naviguer cette abstraction géométrique que domine une large part de la production du peintre. Via mes observations silencieuses, mon désir bien personnel est de tendre à libeller un «état», à la suite de la lecture d’un tableau et voir comment cet état peut éventuellement se traduire par un geste musical. Debout, observant un tableau de l’artiste, grand format. Me serait-il possible de ressentir, de décoder une raison sous jacente à l’équilibre de ces lignes, au positionnement de ces formes ?
C’est donc le rôle du temps de donner raison à cet objectif, ce que je cherche est bien l’état, l’émotion que me transfert ce silence bienveillant. Pour l’observateur que je suis, l’abstraction glisse des rythmes des contrepoints, ça bouge, c’est dynamique. Toutes ces lignes vont d’un sens à l’autre, d’un vers l’autre, toutes ces formes ont un caractère, ainsi les sons! Bien humblement, les premiers arrêts sur image m’ont servi de lien de mémoire pour, une fois attablé à ce canevas, il s’agissait de récupérer ces moments et d’en créer mes propres «états» exprimés en couleurs.
À cette première ébauche, je glisse «Structure Gris-Bleu» [*1] qui, par mon souvenir propose énergie et rythme, doublés d’un caractère quelque peu hypnotique. Cette énergie, cette bousculade se traduisent pour moi en «Bleu vif» dont l’élan est soutenu et porte ses conversations en la vitesse d’élocution.
En cette même approche, je reprends la lecture de «uninoir» [*2] qui témoigne d’une préoccupation d’habiter les contrastes du tableau. Deux caractères s’y installent et j’y perçois un curieux équilibre doublé d’un certain confort bien assis en cet espace duquel cohabite les noir et gris. Transporter en mon univers, l’état de ce tableau évoque une forme de bien-être et de paix. Il y a comme un moment suspendu qui bavarde sans bousculer. Ce «uninoir» ouvre la voix à cet équilibre, déjà présent en son titre, et cette union des sens peut tendre en un langage en lequel l’échange et les propos tiennent en toutes les parties instrumentales. J’ai nommé «Ébène» apte à dessiner ce contrepoint en lequel le langage est porté d’une voix à l’autre sans compromis et sans réserve.
C’est vraiment en ce jeu que je me suis amusé à décoder quelques impressions personnelles autour de tableaux choisis de Molinari. Ici, il est important de conserver la liberté de l’observateur que je suis et rendre mes réflexions par cette voie musicale. À plusieurs occasions, j’ai eu le privilège de rêvasser dans l’espace Molinari. Les toiles du peintre habitant l’espace nous portent parfois à ressentir la curieuse sensation d’être observé, de dire comment l’énergie du peintre et son histoire résonnent encore en ce lieu unique.
Le Quatuor Molinari porte fièrement les couleurs du peintre et je souhaite, qu’en mes histoires, l’auditeur puisse y percevoir un croisement – que seul l’art puisse faire fi du temps qui passe et de ses multiples accents.
Sans prétention coin Darling nous invite à ce jeu.
Denis Dion
*2:https://collections-fondationguidomolinari.org/document/uninoir/657b0d6eba5ae911fbebee81?pos=6&pgn=0
coin Darling
pour quatuor à cordes
1. Bleu vif
2. Ébène
3. Mauve
4. Reflet argenté
5. Noir
6. Transparent
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